8 Le piège invisible du sur soi : quand comprendre ne suffit plus
Pourquoi le travail sur soi peut parfois tourner en rond. Besoin de justice, contrôle, lâcher-prise : comprendre ce qui bloque vraiment la transformation intérieure.
CONSCIENCE
Samira DARKAOUI
1/12/20263 min read


Le piège invisible du "travail sur soi"
Le blocage invisible malgré le travail sur soi
En accompagnement, je rencontre souvent le même blocage chez les personnes que j'accompagne. Qu'elles aient déjà beaucoup travaillé sur elles ou non, elles arrivent à comprendre leurs schémas, à identifier leurs peurs, à mettre du sens sur leur histoire. Et pourtant, quelque chose résiste.
Quand comprendre ne suffit plus
Une sensation de tourner en rond qui donne le sentiment d'avoir fait le tour, sans jamais vraiment atteindre le cœur de la souffrance. Intérieurement, une tension persiste.
Le besoin de justice comme nœud central
Très souvent, ce qui se cache derrière cette sensation, c’est un fort besoin de justice. L’impression que quelque chose en soi n’a pas été respecté, reconnu ou réparé.
La part protectrice qui refuse de lâcher
Il existe en chacun de nous une part très maligne qui, silencieusement, refuse de lâcher prise.
Non par rigidité, mais parce que lâcher prise serait vécu comme un signe de vulnérabilité, voire de mise en danger.
Son seul objectif est de nous protéger.
Pour cette part, la souffrance se vit comme quelque chose à contenir, à maîtriser, à cacher.
Et c’est là tout le paradoxe : vouloir se protéger de la souffrance empêche souvent de l’apaiser.
Car ce n’est qu’en apprenant à reconnaître cette part protectrice, souvent bien cachée, que quelque chose peut commencer à se relâcher intérieurement.
Le contrôle comme tentative d’équilibre
Se focaliser sur l’injustice, sur ce qui aurait dû être différent ou sur le comportement des autres, est une manière de garder le contrôle.
Ce n’est pas un défaut, ni une erreur.
C’est une tentative de préserver un équilibre intérieur fragilisé.
Réorganiser le Moi sans traverser le Soi
Autrement dit, tant que le travail ne descend pas jusqu'au rapport à l'injustice :
On voit les premières couches, ce qui déjà est très bien.
Mais on réorganise le "Moi", sans encore le traverser.
On comprend alors pourquoi certaines personnes ont le sentiment d’avoir beaucoup travaillé sur elles, tout en ayant l’impression de ne pas réellement avancer.
Ce n’est pas qu’il n’y a pas eu de travail, mais qu’il s’est fait autour du "Moi", sans encore traverser ce qui empêche le "Soi" de s’exprimer.
Sans s’en rendre compte, on adopte d’autres manières d'être. C'est comme si on redéguisait la posture de victime en :
Guerrier(re), dans la lutte permanente.
Saint(e), dans l'effacement de soi.
Ce sont toujours des stratégies de survie, pas des transformations profondes.
Dans les deux cas, le point central est évité.
Celui de la souffrance… et de l’affirmation de "Soi".
Le lâcher-prise comme conséquence, non comme objectif
Le lâcher-prise ne se décrète pas, et ne se travaille pas directement.
Il est la conséquence d’une compréhension plus profonde : accepter que le monde extérieur ne corresponde pas toujours à ce que nous attendons de lui, qu’il soit parfois juste et parfois injuste.
Accepter ne signifie ni cautionner, ni se résigner.
C’est simplement retirer le jugement constant sur ce qui devrait ou ne devrait pas exister.
Revenir à soi, à sa propre justesse, à ses valeurs profondes, permet alors de s’autoriser à ne pas aimer certains comportements ou certaines attitudes, sans remettre en question l’existence de l’autre… ni celle du monde.
Aimer ou ne pas aimer ne définit en rien votre valeur en tant que personne ; cela signifie simplement que vous assumez vos désirs et vos préférences.
De la compréhension à l’incarnation
La prise de conscience est un premier pas essentiel vers la connaissance de soi.
Mais c’est la répétition dans la pratique qui permet d’ancrer ces prises de conscience dans des comportements plus justes, plus alignés avec la personne que vous êtes aujourd’hui.
Ce déplacement est souvent difficile à faire seul, précisément parce qu’il touche à des zones sensibles et protectrices.
Mon travail n’est pas de faire taire la souffrance, ni de promettre qu’elle disparaîtra.
Il consiste à accompagner ces zones avec clarté, douceur et honnêteté, pour que ce qui fait mal puisse être regardé autrement… et progressivement se transformer.
C’est souvent à cet endroit précis que comprendre ne suffit plus, et que le regard d’un accompagnement permet d’aller plus en profondeur, sans se perdre, car il n’est toujours question que de soi.


